Le village Les Éboulements englobait
autrefois le territoire actuel de Saint-Joseph-de-la-rive. D'où
vient donc ce nom étonnant? On cherchera en vain dans son paysage des tas de
roches menaçant de dévaler vers le fleuve. S'agirait-il de Ia
situation précaire de ses maisons, accrochées aux pentes abruptes? Ou
encore de ses quelques groupements d'habitations, écartelées de haut en bas du plateau laurentien: les rangs d'arrière-pays, au sommet, le rang
Saint-Joseph formant l'axe principal du village, la Grande Côte menant au fleuve et le
chemin du Centre longeant un plateau intermédiaire? Eh bien!
non. Il faut remonter loin en arrière et imaginer ce tremblement de terre
survenu en février 1663 qui a provoqué l'effondrement d'une colline dans la
mer. La pointe du quai en formerait aujourd'hui les débris!
L' histoire de ce
village perché commence avec celle des frères Pierre et Charles de Lessart, les
deux premiers propriétaires de Ia Seigneurie des Éboulements. Peu
intéressés par leur acquisition, ils la vendent en 1710 à Pierre Tremblay.
Ce dernier procède rapidement à sa mise en valeur. Le premier manoir
seigneurial est construit vers 1720 dans la partie basse de la propriété, à proximité
de la rivière des Boudreault (sur le site l'actuel de l' auberge La
Perdriole). La construction d'un moulin à farine suit promptement.
En 1723, l'établissement compte 42 habitants. En 1762,
c'est-à-dire à l'époque ou la dernière portion de territoire est cultivée de ce
côté du fleuve, la population passe à 225 personnes. Plus loin à l'est, il
n'y a que de grandes étendues boisées.
Avec la construction, en
plus d'un premier manoir seigneurial et d'un moulin à farine, d'une église à
proximité du fleuve, l'établissement se concentre sur les berges mais pour peu de temps.
Déjà en 1750, le fils de Pierre Tremblay, Étienne, fait
construire un second manoir dans la partie supérieure des Éboulements, à proximité de
l'actuel ruisseau du Seigneur. En 1798, un nouveau moulin apparaît, tout à
côté. Mais des dissensions dans la population au sujet du site futur d'une
nouvelle église se soldent en 1804 par le choix d'un emplacement sur les collines du
plateau. Au tournant du siècle donc, la partie basse du village, les
Éboulements-en-bas, périclite au profit d'une agglomération qui se développe sur les
hautes terres le long de l'actuelle route 362.
En 1810, la Seigneurie est
vendue à Pierre de Sales Laterrière, de Trois-Rivières. Ce curieux
personnage, originaire d'Albi (Languedoc) arrive au Canada en 1766. Ce
commerçant, qui se dit aussi médecin, habite à différents endroits dont
Trois-Rivières, puis il se fixe définitivement aux Éboulements où il meurt en
1815. La famille de Sales Laterrière, dont le nom reste associé étroitement
à l'histoire des Éboulements pendant près d'un siècle, transformera et agrandira le
manoir à une époque ultérieure.
En 1859, l'instauration
d'un pouvoir municipal amène l'abolition du système seigneurial et Les Éboulements
obtient le statut de municipalité. Sur son territoire sont éparpillées 250
maisons, presque toutes en bois. Elles forment ici une agglomération
villageoise, là des écarts se rattachant à de minces rubans épousant un relief
montueux, ailleurs des groupes d'habitations s'alignant face aux rives du
fleuve. Une dizaine de commerces et de boutiques renforcent le centre du
village. L'activité économique est axée sur l'agriculture, l'exploitation
forestière et la construction maritime. L'attrait exceptionnel du paysage et du
site sont tels que certains visiteurs cherchent à prolonger leur séjour. Les
hôtels se trouvent pour la plupart dans la partie basse. D'ailleurs, cette partie
des Éboulements se détachera en 1931 pour former Saint-Joseph-de-la-Rive.
Le village est un peu
écarcelé dans le paysage comme si la création de Saint-Joseph-de-la-Rive l'avait
amputé de certaines de ses composantes. L'essentiel de l'agglomération
forme un renflement de part et d'autre de la route 138. À ce noyau
s'ajoutent la Grande Côte qui mène au fleuve, le chemin du Centre et d'une partie du
chemin du bas. L'architecture des résidences, relativement récentes, indique
que le village s'est agrandi dans la première moitié du XXième siècle.
Typiquement les maisons de ferme rattachées à des unités d'exploitation agricole se
retrouvent aux extrimités du village. La Grande Côte, délaissée par les
premiers colonisateurs, voit aujourd'hui pousser des maisons de villégiature tirant parti
d'une vue saisissante sur L'Île-aux-coudres.
Le chemin du Centre connaît le même phénomène depuis les années 1900. La
popularité grandissante de Saint-Joseph-de-la- Rive, le village voisin auquel on ne peut
accéder qu'en passant par la Grande Côte, met Les Éboulements à portée d'une nouvelle
industrie. Le nombre grandissant de restaurant, de gîtes du passant, de
boutiques et de galeries révèle d'ailleurs une mutation majeure de son économie.
Texte tiré du livre, Villages pittoresques du Québec de Yves
Laframboise, Édition: édition de l'homme